Incendies dans les hôpitaux : que faire ?

On note une série d’incendies meurtriers depuis l’année dernière, plus particulièrement avec le cas de l’EPS de Maguette LÔ et cette année l’accident qui a couté la vie à onze bébés à l’Hôpital Mame Abdou Aziz Sy de Tivaouane. Pour une enquête exhaustive, il faut d’abord pouvoir situer les responsabilités des acteurs dans le fonctionnement de la structure. Pour le cas récent, il est important de noter :

• Une infrastructure de moins d’un an, donc elle doit être sous garantie tant du côté des infrastructures que du côté des installations (électricité, plomberie, menuiserie…),

• Le maitre d’œuvre et le cabinet de validation doivent être interrogés,

• L’équipementier doit être identifié au cas où l’origine de l’incendie provient des appareils,

• Le responsable de la Division Hygiène et Sécurité qui dépend du Service Administratif et Financier (SAF) peut être interrogé. C’est lui qui doit assurer la disponibilité des extincteurs et la formation des utilisateurs ainsi que les autres outils d’intervention en cas de défaillance de la sécurité,

• Le Technicien en Maintenance Hospitalière n’est ni le maitre d’œuvre ni le maitre d’ouvrage, ni celui qui a validé le projet. Il faut noter qu’il n’est pas aussi l’exploitant des réalisations. Durant cette période de garantie, en cas de défaillance, l’exploitant avertit la maintenance qui saisit le maitre d’œuvre. Il est souvent bien de rappeler à ceux qui disent que le technicien doit former les utilisateurs sur l’usage des extincteurs qu’ils n’ont rien compris. C’est le chargé de la Sécurité qui doit le faire. La Maintenance peut être appelée pour la fixation et non la formation.

• Si l’origine de l’incendie provient d’une rallonge électrique, on doit s’interroger sur le fournisseur (Comptable Matière principal ou Comptable Matière Secondaire). Pour toute demande de prise de courant additionnelle, le technicien doit étudier les charges afin de déterminer les caractéristiques de la rallonge. Souvent la commande passe par le comptable matière principal qui achète et donne au service demandeur. Cette rallonge peut être surchargée et elle peut créer un incendie.

• Lors des dons, les fournisseurs livrent parfois des couveuses artisanales qui ne respectent pas les normes. Souvent, on y met des douilles en caoutchouc qui prennent feu avec les lampes incandescentes très puissantes. La matière utilisée pour le coussin du bébé et les accessoires de l’appareil n’est pas ignifuge. Parfois durant l’utilisation, on voit que les appareils sont couverts d’un drap en tissu pour canaliser la chaleur tout autour du bébé ; ce qui peut occasionner des brûlures de tissu. Les rallonges qui trainent par terre, avec l’eau de nettoiement ou l’eau déversée par manque d’inattention peut créer des court-circuits.

A mon intime conviction, le Service Technique de Maintenance, n’est ni mêlé de près ou de loin à cet accident meurtrier. Par contre, l’enquête doit être orientée sur la surveillance qui repose sur la continuité des services. Pour rappel : CHAPITRE II MISSIONS ET OBLIGATIONS DES ETABLISSEMENTS HOSPITALIERS SECTION I : DU SERVICE PUBLIC HOSPITALIER

Article 8 : Le service public hospitalier garantit pour tous un accès équitable aux soins. Il est tenu d’accueillir toute personne de jour comme de nuit, en urgence si l’état du malade ou du blessé le justifie.

Afin de dispenser des soins de qualité, les Etablissements Publics de Santé Hospitaliers et les établissements hospitaliers privés ou militaires participant au service public doivent disposer des moyens adéquats. Ils sont tenus de prendre en charge les patients qui leur sont régulièrement référés, ou de leur trouver un lieu de soins adapté à leur état.

Ils assurent le diagnostic et dispensent aux patients les soins préventifs, curatifs et de réadaptation que requiert leur état. Ils veillent à la continuité de ces soins à l’issue de leur admission, en liaison avec leurs autres structures de soins, les professionnels de santé….

Par cet article dans la réforme hospitalière, la continuité du service incombe à la structure. Il s’agit d’assurer :

• La continuité du service médical : à n’importe quelle heure, le patient doit disposer des prestations d’un médecin,

• La continuité du service de soins : les infirmiers et les aides doivent assurer les soins propres à leur profession pour satisfaire les quatorze besoins du malade et les soins prescrits par le médecin. Mais aussi veiller sur la sécurité et le confort des malades, s’il le faut appeler un maintenancier en cas de pannes électriques, non fonctionnement d’un climatiseur ou de ventilateur d’air, manque d’eau, panne d’un appareil biomédical. On peut avoir besoin de l’agent d’hygiène, du brancardier, de la technicienne de surface. C’est le rôle de l’infirmier de coordonner toutes ces tâches.

• La continuité du service administratif : lorsque le malade a besoin d’un dossier administratif ou au cas d’un décès ou de viol ; l’administration des services ou de la structure doit être présente.

Au cas où ces trois services étaient assurés, surement il se pourrait qu’il y’ait incident. Mais l’incident ne serait pas devenu un accident ou un drame. Il est fort probable qu’il y’a défaut de surveillance. Chaque jour, il y’a des court-circuits et des foyers de feu, mais devant la présence humaine, on les maitrise facilement. A l’absence de surveillance, un petit « feu » peut se propager et détruire tout un service.

La vulnérabilité des nouveaux nés malades ou immatures doit être prise en compte. Quand une fumée se présente dans un local fermé, les nouveaux nés fragiles meurent très vite asphyxiés. Donc, c’est obligatoire de placer des détecteurs et des extracteurs de fumée dans les Salles de néonatologie. La surveillance continue doit être la règle numéro 1. Les bébés, comme les personnes âgées, sont incapables de fuir et son faibles. Donc lors de l’aménagement de leurs services, il faut tenir compte de leur sécurité.

Quel que soit les moyens de détection installés, sans une surveillance continue, il peut y’avoir toujours des accidents. La présence humaine permettra de limiter à des incidents moins graves.

En tant qu’acteur multidisciplinaire et expérimenté dans la gestion hospitalière aussi bien coté stratégique qu’opérationnel, nous demandons aux décideurs politiques d’adopter ces recommandations :

• Le recrutement suffisant de personnel de soins qualifié (IDE, SFE, TMH, TS…) ;

• La mise en place de la démarche Qualité dans toutes les structures sanitaires avec des protocoles et procédures harmonisés et validés par le niveau central ;

• La mise en place de l’ordre des infirmiers et des sages-femmes,

• Réformer les textes qui régissent tous les professionnels de la santé (Médecins, infirmiers, sage femmes, agents d’hygiène, techniciens en maintenance hospitalière…) ;

• L’adoption de la Réforme globale du système de santé (audit de la réforme hospitalière puis son achèvement, réforme régions médicales et des districts…) ;

• Le relèvement du niveau des Techniciens en Maintenance Hospitalière par un décret (en Licence Biomédicale) et l’érection des Divisions Biomédicales en Service Technique dans toutes les structures de niveau II ;

• Le transfert des fonds d’investissement en infrastructures et en équipements aux EPS (Les EPS disposent de cellule de passation de marché et des compétences requises, en plus ils connaissent mieux leurs besoins et le contrôle à postériori pourra se faire facilement) ; sauf Centrale d’Oxygène, équipements de dialyse et équipements imagerie lourds ;

• Exiger un certificat d’exploitation par la DIEM pour toute infrastructure construite dans les structures sanitaires. Cette Direction centrale doit être dotée de cabinets d’experts pour les infrastructures hospitalières qui se chargeront de la conception, des contrôles et de la validation des projets infrastructurels.

• L’implication du niveau local (STM, BRM et UTM) au suivi des projets infrastructurels sanitaires de l’Etat ;

• L’élaboration de procédures de saisi des services de la maintenance, d’acquisition, de transfert (interne ou externe), de réparation ou de dépannage des équipements ;

• L’élaboration de protocoles d’entretien des équipements biomédicaux, des infrastructures et installations ;

• La contractualisation systématique de la maintenance préventive et corrective des centrales d’oxygène, des centrales de dialyse et des équipements lourds en imagerie (scanners, IRM, Radiothérapie…) : en effet, pour la plupart des hôpitaux, vue leur charge de personnel et de fonctionnement ne peuvent pas se souscrire à la contractualisation proposée par les SAV. L’avancée de la technologie et la protection des données par les fabricants, ne permettent plus aux techniciens d’avoir accès pour le dépannage ou la réparation des équipements biomédicaux de pointes. On note, que pour la plupart de ces équipements, seul le fabricant détient la clé d’accès, il est même capable d’y accéder à distance. Ce qui pose le débat sur notre souveraineté sanitaire ? Les données de nos concitoyens peuvent se retrouver ailleurs mais surtout un fabricant malveillant peut créer des pannes.

Les Techniciens en maintenance hospitalières se chargent quotidiennement de veiller sur les services névralgiques de l’hôpital : le groupe électrogène et le secteur, la centrale d’oxygène, la fourniture d’eau et l’évacuation des eaux usées. Le plus souvent en sous-effectif, les maintenanciers travaillent jour et nuit, sept jours/sept et pendant toute l’année. Ils n’ont pas de férié (Tabaski, Korité, Pentecôte, ascension…). Le Technicien en Maintenance Hospitalière est l’épine dorsale du système ; il est l’oméga et l’alpha du système. Paradoxalement, il est mal connu et mal payé. Quand tout marche, on l’oubli ; lorsque les choses ne marchent pas, on le met au-devant de la chaine. Quelle ingratitude !!!

Nous profitons de notre plume pour faire un plaidoyer des techniciens en maintenance hospitalière auprès de la nouvelle équipe du MSAS notamment au Ministre Dr Khemesse Ngom Ndiaye. Veuillez miser sur le corps d’élite des techniciens en maintenance hospitalière pour améliorer la gestion des infrastructures, des installations et équipements sanitaires. Le relèvement de leur niveau et la création dans la fonction publique du corps des techniciens biomédicaux niveau B1 et leur versement direct dans ce corps, serait une bouffée d’oxygène pour le système de santé.

El hadji Ibrahima Cobar
Technicien en maintenance hospitalière
Infirmier diplôme d’Etat
Administrateur hospitalier

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