Cancer à Saint-Louis : près d’un patient sur deux confronté à de graves difficultés financières
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Une étude menée au Centre hospitalier régional de Saint-Louis révèle l’ampleur du fardeau économique supporté par les personnes traitées pour un cancer. Emprunts, vente de biens, interruption des soins et réduction des dépenses familiales figurent parmi les principales conséquences observées.
Au-delà de ses répercussions physiques et psychologiques, le cancer peut profondément fragiliser la situation économique des patients et de leurs familles. Ce phénomène, appelé « toxicité financière », vient d’être documenté au Centre hospitalier régional (CHR) de Saint-Louis par une étude publiée en juillet 2026 dans Médecine d’Afrique Francophone.
Réalisés par A.C. Diallo, A. Ndong, J.I.A.T. Thiam, A. Fall, G. Sarr, A.B. Seye et S. Ka, ces travaux ont porté sur 83 patients adultes traités pour une tumeur solide. Les données ont été recueillies entre le 1er septembre 2024 et le 31 mars 2025 au sein de l’unité de chimiothérapie du CHR de Saint-Louis.
Une toxicité financière chez 48,2 % des patients
En l’absence d’un outil de mesure spécifiquement validé pour le contexte sénégalais, les chercheurs ont considéré qu’un patient présentait une toxicité financière élevée lorsqu’il avait dû interrompre son traitement, vendre des biens ou contracter un emprunt pour financer ses soins.
Selon cette définition, 40 patients, soit 48,2 % des personnes interrogées, étaient confrontés à une toxicité financière élevée.
Dans le détail :
31,3 % avaient eu recours à un emprunt ;
26,5 % avaient vendu des biens ;
19,3 % avaient interrompu leur traitement pour des raisons financières ;
32,5 % avaient dû déménager temporairement afin de recevoir leurs soins.
Ces différentes situations pouvaient se cumuler chez un même patient.
Une population faiblement couverte par l’assurance maladie
Les participants avaient un âge médian de 48 ans et étaient majoritairement des femmes, qui représentaient 79,5 % de l’échantillon. Le cancer du sein était la localisation tumorale la plus fréquente, avec 43,4 % des cas.
L’étude met surtout en évidence une très faible protection contre le risque financier : 86,7 % des patients ne disposaient d’aucune assurance maladie. Parmi les 11 personnes assurées, neuf ont indiqué que leur couverture ne prenait en charge qu’une partie des dépenses.
La vulnérabilité économique était également marquée. Plus de la moitié des participants n’avaient pas déclaré leur revenu ou ne le connaissaient pas. Parmi ceux ayant répondu, 25,3 % percevaient moins de 60 000 francs CFA par mois.
Des conséquences sur l’emploi et les conditions de vie
Les effets économiques du cancer ne se limitaient pas au paiement des médicaments et des actes médicaux. Parmi les 27 patients exerçant une activité professionnelle au moment du diagnostic, 25, soit 92,6 %, avaient réduit ou totalement cessé leur activité.
Par ailleurs, 79,5 % des participants jugeaient leur traitement très coûteux et 78,3 % considéraient leur niveau de vie comme difficile ou très difficile.
Pour faire face aux dépenses de santé, certains ménages ont dû réduire d’autres postes essentiels :
28,9 % ont diminué les dépenses alimentaires destinées aux enfants ;
27,7 % ont réduit les dépenses liées à leur éducation ;
25,3 % ont diminué leurs dépenses de logement ;
59,1 % ont renoncé à une partie de leurs loisirs.
Ces résultats montrent que le coût du cancer affecte non seulement le patient, mais également l’ensemble de sa famille.
La famille, principal mécanisme de solidarité
Face aux difficultés, 86,7 % des patients avaient reçu une aide financière de leur famille ou de leurs proches. En revanche, seuls 13,3 % avaient bénéficié du soutien d’une organisation, d’une ONG ou d’un programme gouvernemental.
Pour les chercheurs, cette forte dépendance à la solidarité familiale témoigne de l’insuffisance des mécanismes institutionnels de protection financière. Elle peut aussi fragiliser durablement les ménages, particulièrement lorsque les traitements s’étendent sur plusieurs mois.
Renforcer la couverture sanitaire et les aides ciblées
Les auteurs appellent à une extension effective de la couverture sanitaire universelle et à la mise en place de dispositifs de soutien financier spécifiquement destinés aux personnes atteintes de cancer.
Ils recommandent également de développer un outil de dépistage de la toxicité financière adapté au contexte sénégalais et ouest-africain. Un repérage précoce des patients vulnérables permettrait de les orienter vers des mécanismes d’assistance avant que les difficultés économiques ne conduisent à la vente de biens ou à l’abandon des soins.
Les résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. L’étude a porté sur un échantillon limité à 83 patients dans un seul établissement. Les personnes ayant déjà renoncé aux soins en raison de difficultés financières pourraient, par ailleurs, ne pas avoir été prises en compte.
Malgré ces limites, cette étude met en lumière une dimension encore peu documentée de la prise en charge du cancer au Sénégal : pour de nombreux patients, le combat contre la maladie est aussi un combat pour préserver leurs revenus, leurs biens et les conditions de vie de leur famille.
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