La disparité dans l’accès aux soins au Sénégal
Analyse
Il est difficile de ne pas s’interroger sur les priorités de notre système de santé lorsqu’on observe le contraste entre les infrastructures sanitaires modernes qui voient le jour à Dakar et la réalité quotidienne des hôpitaux situés dans les régions.
D’un côté, de nouveaux établissements hospitaliers sont construits dans la capitale avec des infrastructures modernes, des équipements de pointe et des conditions de prise en charge qui répondent aux standards internationaux. Ces structures offrent des soins de qualité, mais leur coût et leur accessibilité peuvent les rendre davantage accessibles à une population disposant de moyens financiers importants.
De l’autre côté, dans plusieurs régions du Sénégal, certains hôpitaux fonctionnent dans des conditions extrêmement difficiles. Locaux dégradés, manque de matériel médical, équipements insuffisants ou vétustes, ruptures de médicaments et manque de personnel qualifié sont encore des réalités auxquelles les professionnels de santé doivent faire face quotidiennement. Dans certaines situations, un patient peut être transféré vers Dakar non pas parce que son état nécessite nécessairement une prise en charge dans la capitale, mais simplement parce que l’hôpital régional ne dispose pas des moyens nécessaires pour le traiter.
Cette situation crée une véritable inégalité territoriale devant la santé. Le lieu où une personne naît ou vit ne devrait pas déterminer ses chances d’avoir accès à des soins de qualité. Un patient vivant à plusieurs centaines de kilomètres de Dakar devrait pouvoir bénéficier, dans son hôpital régional, d’un minimum de moyens permettant de prendre en charge les urgences vitales, les pathologies courantes et les situations nécessitant des soins spécialisés.
Il ne s’agit pas de critiquer le développement des infrastructures sanitaires à Dakar. Construire des hôpitaux modernes est une nécessité. Mais le véritable enjeu est de construire un système de santé équilibré, dans lequel le développement de la capitale s’accompagne d’un renforcement réel des structures régionales.
Investir dans les régions, c’est aussi investir dans le personnel, la formation, la maintenance des équipements, les médicaments, les services de réanimation, les blocs opératoires, l’imagerie et les laboratoires. C’est permettre aux professionnels qui travaillent loin de Dakar d’exercer dans des conditions dignes et de donner à leurs patients les mêmes chances de survie et de guérison.
La modernisation de la santé ne devrait donc pas être uniquement une question de bâtiments. Un hôpital moderne sans personnel suffisant, sans matériel fonctionnel et sans accès équitable aux soins ne peut pas, à lui seul, résoudre les problèmes du système de santé.
Le développement sanitaire d’un pays se mesure aussi à la qualité des soins accessibles à celui qui vit dans une région éloignée, et pas uniquement à la beauté ou à la modernité des infrastructures construites dans la capitale. L’ambition devrait être de faire en sorte que chaque Sénégalais, qu’il vive à Dakar, Ourossogui, Tambacounda, Kolda, Matam ou ailleurs, puisse avoir droit à la même dignité et à la même qualité de prise en charge.
La santé ne devrait pas être une question de lieu ou de richesse. Elle devrait être un droit.
Contribution signée par Cheikh Diouf
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