CMU : les barrières qui freinent l’adhésion des personnes vivant avec le VIH

L’avènement de la Couverture maladie universelle (CMU) n’a pas permis à un grand nombre de personnes vivant avec le VIH de bénéficier d’une assurance maladie totale. Chez les personnes adultes de cette couche de la population, on note un faible taux d’adhésion aux mutuelles communautaires (de 5 à 10 % d’entre elles). Ce faible t’aux d’adhésion s’explique par deux raisons : d’une part, une réticence due à la crainte des concernés de voir le statut sérologique dévoilé. D’autres part, ce sont les gestionnaires des mutuelles communautaires, elles même,  qui s’emploient à dissuader l’adhésion des PVVIH présentant des maladies chroniques,  à adhérer afin d’avoir une maitrise des finances des mutuelles. Et pourtant, il existe plus de 600 mutuelles de santé communautaires, qui ont été créées sur le principe «un/e village/commune, une mutuelle»  aujourd’hui au Sénégal.

En lançant la couverture maladie universelle (CMU)  en 2013, le Sénégal avait à cœur d’harmoniser les différents mécanismes existants et d’étendre l’accès aux soins au plus grand nombre de Sénégalais. Le CMU devrait aussi permettre une meilleure prise en charge des couches de la société considérées comme vulnérables, en particulier des personnes vivant avec le VIH, afin de parvenir à  une  réduction des dépenses liées aux soins. Mais 7 ans après la mise en œuvre de cette assurance maladie universelle peut-on dire que les coûts de soins ont-ils réellement baissé, notamment pour les personnes vivant avec le VIH ?

La mise en œuvre de l’assurance maladie universelle suppose que l’Etat prend en charge les dépenses liées aux soins des bénéficiaires. Mais contrairement à ce que  beaucoup pensent, cette politique de couverture maladie universelle, n’est pas synonyme de gratuité totale. Le gouvernement sénégalais ne subventionne pas les cotisations de la couverture maladie à 100% pour tous. Globalement, il contribue à hauteur de 50% sauf pour certaines couches de la population considérées comme vulnérables sont prises en charge à 100%. Sont ainsi concernés les personnes âgées dans le cadre du Plan Sésame, les enfants âgés de zéro à cinq ans, les femmes enceintes avec grossesses délicates (césariennes). A cette liste, il faut ajouter la prise en charge des pathologies telles que le VIH, la tuberculose, l’insuffisance rénale…

Dans un article publié sur la plateforme scientifique The conservation, les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) précisent que  ces gratuités ne sont que partielles. Elles concernent plutôt un paquet limité de services, avec des restrictions sur les lieux de délivrance (respect de la pyramide sanitaire), le type de médicaments (médicaments essentiels génériques) et de prestations (parfois limitées aux consultations). Prenons le cas des personnes vivant avec le Vih.

La prise en charge de ces patients dans le cadre de la couverture maladie universelle ne concerne principalement que des antirétroviraux. Or, il n’y a pas que des antirétroviraux dont ils ont besoin. D’autres traitement entrent en ligne de compte. «Dans le cadre du VIH, la gratuité ne concerne que les ARV et certains examens biologiques, mais le dispositif actuel devrait permettre à certaines populations (jeunes enfants, personnes âgées) et aux personnes bénéficiant d’une couverture sanitaire, d’assurer la prise en charge des soins», écrivent les chercheurs de l’IRD. 

«Sur les 39 000 personnes vivant avec le VIH, environ 30 000 (77 %) prennent des antirétroviraux. Les médicaments et certains examens biologiques sont gratuits, mais une partie des soins liés au VIH reste à la charge des patients », soulignent les chercheurs. En conséquence, l’équipe  de  cet institut de recherche après évaluation de  l’impact de la couverture maladie sur la réduction des dépenses de santé des personnes vivant  avec le Vih (PVVIH), reste presque sur sa faim quant à la baisse des dépenses de santé des patients.

Rappelons que le Sénégal abrite 183 sites de prise en charge de personnes atteintes de Vih sur l’ensemble du territoire national. Les chercheurs ont mené des enquêtes sur 25 desdits sites entre 2018 et 2019

Les chercheurs de l’IRD ont étudié trois groupes différents de personnes vivant avec le vih, soit 334 adultes suivis dans un service spécialisé pour le Vih à Dakar, 60 adultes homosexuels, suivis dans les structures sanitaires de 6 régions et 130 enfants suivis dans des structures de santé de 6 régions. 

De cette étude, il ressorts que les consultations de routine pour les PVVIH ont lieu généralement tous les trois mois, quelle que soit la structure de santé et la localité. Elles sont constituées de consultation par le médecin ou l’infirmier, de la dispensation des ARV (gratuits), éventuellement la prescription d’examens biologiques et, en cas de maladie, il s’y ajoutent d’autres examens paracliniques et des ordonnances de médicaments, expliquent le groupe de chercheurs.

Leur étude montre qu’une faible proportion de PVVIH bénéficient d’une couverture médicale (mutuelle de santé ou assurance) ou d’une gratuité (Plan Sésame ou dispositif 0-5 ans) des personnes enquêtées : 26 % chez les adultes suivis au CRCF, 18 % pour les HSH et 44 % pour les enfants. 

Mais en vérité, c’est que  pour les Personnes vivant avec le VIH (PVVIH) adultes, on note un faible taux d’adhésion aux mutuelles communautaires (de 5 à 10 % d’entre elles). Ce faible taux d’adhésion est  principalement lié la crainte du dévoilement de leur séropositivité à la crainte du dévoilement de leur séropositivité et aux stratégies de nombreux gestionnaires de mutuelles communautaires consistant à dissuader l’adhésion de personnes présentant des maladies chroniques de peur d’un déséquilibre financier.

Pour mémoire, le 20 septembre 2013 à Dakar, le président Macky Sall a lancé officiellement le programme de la Couverture Maladie Universelle.  A cette occasion, le président a invité populations du monde rural et les travailleurs du secteur informel à adhérer massivement aux mutuelles de santé. Les personnes déjà membres d’une mutuelle de santé sont encouragé à régulariser les cotisations des membres de leurs familles.  Le président sénégalais avait laissé entendre que les mutuelles de santé constituent la stratégie la plus efficace pour faire bénéficier de la Couverture Maladie Universelle aux 80% de citoyens (monde rural et du secteur informel) qui ne bénéficient d’aucune couverture du risque maladie.

Frédéric Atayodi

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