Docteur Mame Rose Fall, Gynécologue: « Certaines femmes et certains hommes ne sont pas éligibles à la FIV »

· 26 janvier 2024
Docteur Mame Rose Fall, Gynécologue: « Certaines femmes et certains hommes ne sont pas éligibles à la FIV » Article

Malgré  son  coût  élevé,  la fécondation in vitro est pratiquée  au  Sénégal.  Dans  cet entretien,  la  gynécologue Mame  Rose  Sall  nous explique  les  différentes étapes  de  cette  technique médicale, en passant par la grossesse,  les  facteurs  d’un mauvais  pronostic  chez  la femme et chez l’homme. Elle a  également  dénoncé  l’absence  d’un  centre  de  procréation médicalement assistée au Sénégal.

Comment se fait la préparation d’une fécondation in vitro (FIV) ?

C’est  toute  une  technique. D’abord, il y a la préparation  de  la  femme  par  ce qu’on appelle la stimulation ovarienne  qui  consiste  à recruter plusieurs follicules au niveau des ovaires et à procéder à leur maturation par le biais de médicaments injectables appelés gonadotrophines. Il y a différents types de protocoles suivant les patientes, dépendant de leur âge, de leurs résultats biologiques,  d’une  éventuelle  pathologie  associée telle qu’une dystrophie ovarienne,  une  endométriose etc… Il y a des protocoles longs  et  des  protocoles courts à appliquer en fonction des cas. Une fois que la simulation  est  débutée,  on procède  à  la  surveillance échographique de la croissance  folliculaire  par  le monitoring  de  l’ovulation au 8e jour du cycle stimulé. Au cours de ce monitoring de  l’ovulation,  quand  les follicules atteignent le développement idéal, on procède au déclenchement de l’ovulation suivi de la ponction ovarienne  qui  s’effectue chez la femme, dans un bloc opératoire  sous  anesthésie.

On procède par voie transvaginale à la ponction des liquides  folliculaires  qu’on recueillera et qu’on remettra au laboratoire spécialisé en PMA. Ce dernier va examiner  le  liquide  ponctionné  pour  en  extraire  les  ovocytes,  les  traiter  par  ce qu’on appelle la décoronisation, puis réserver ceux qui sont de bonne qualité et matures  pour  les  féconder en mettant tout autour d’eux des spermatozoïdes. Le lendemain on vérifie quels sont les ovocytes qui ont fécondé et on les laisse maturer vers ce qui est nommé le stade de blastocyste. Cela peut prendre entre trois et cinq jours dans un milieu nutritif. On procède ensuite au transfert embryonnaire dans la cavité utérine,  c’est-à-dire  qu’on reconvoque la patiente et on choisit  le  meilleur  œuf qu’on insère au niveau de sa cavité utérine sous contrôle échographique.  Les  œufs fécondés en surplus, ne sont pas détruits le plus souvent.On  peut  les  garder  en  les congelant de manière particulière  :  c’est  la  vitrification. Si l’œuf se développe bien en intra utérin, c’est-àdire  si  la  femme  tombe enceinte, on débute la surveillance  de  la  grossesse avec  un  traitement  adapté surtout au premier trimestre. Si  elle  ne  tombe  pas enceinte, on peut reprendre une autre tentative. Dans ce cas, on ne recommence pas le procédé de stimulation comme la première fois. On attend la période propice en préparant l’endomètre pour recevoir  l’œuf  qu’on  aura décongelé, et on procèdera à un deuxième transfert d’embryon. Ces embryons vitrifiés peuvent être conservés pendant  des  années  au niveau  du  laboratoire.

Quelques années après, si la femme  désire  une  autre grossesse,  on  procède  tout simplement  à  un  transfert embryonnaire. Grâce à cela, beaucoup d’économies sont faites.

Est-ce que toutes les femmes peuvent faire la FIV ?

La  majeure  partie  des femmes peuvent la faire. La fécondation  in  vitro  a  ses indications.  Elle  a  d’abord été  prescrite  à  ses  débuts pour les femmes qui ont des obstructions tubaires car les ovocytes  et  les  spermatozoïdes  ne  pouvant  se  rencontrer  dans  les  voies  de fécondation  naturelles. Depuis les indications se sont élargies incluant ainsi les infertilités d’origine masculine, et les infertilités inexpliquées. Cependant, il y a des exceptions à savoir évidemment  la  femme ménopausée,  la  femme  en insuffisance ovarienne précoce, certaines myomatoses utérines,  l’âge  supérieur  à 42 ans étant aussi un facteur de mauvais pronostic etc… On  parle  plus  souvent  du facteur féminin, mais il ne faut pas occulter le facteur masculin  car  malheureusement certains types d’azoospermie  ne  permettent  pas d’effectuer  une  FIV. Cependant, si les spermatozoïdes  sont  malformés  ou immobiles, on pourra souvent recourir à la FIV pour le couple. En résumé, toute femme qui a un utérus quasi normal et en période d’activité  génitale,  c’est-à-dire qui  n’est  pas  ménopausée, peut  être  éligible  pour  la fécondation  in  vitro  avec des spermatozoïdes de plus ou moins bonne qualité.

Y-a –t-il différents types de fécondation in vitro ?

Oui. Il y a la fécondation in vitro classique. Après ponction  ovocytaire,  on  met environ 100 000 spermatozoïdes autour de l’ovocyte dans un milieu nutritif et on les laisse féconder naturellement. Il y a un autre type appelé  l’injection-intracytoplasmique de spermatozoïde  dite  ICSI. On  prend un  spermatozoïde  qu’on injecte directement dans un ovocyte. Ce dernier type est surtout réservé dans les cas d’infertilité masculine.

Comment se passe une grossesse issue d’une fécondation in vitro ?

Après le transfert embryonnaire,  quelques  semaines après,  on  demande  à  la femme de faire un test de grossesse.  Si  ce  test  est positif, la grossesse se poursuit comme toute autre grossesse.  Cependant,  au  premier  trimestre,  il  y  a  certains médicaments qu’il faudra mettre tel que de la progestérone pour permettre à cette grossesse de bien s’implanter  dans  l’utérus.  Au delà de ce premier trimestre, la  grossesse  sera  suivie comme  toutes  les  autres grossesses  normales,  sauf s’il y a bien sûr un facteur de risque associé tel qu’une hypertension  artérielle,  un diabète, une drépanocytose etc.  A  l’accouchement,  le plus souvent c’est un bébé qui nous revient sans complications  comme  tous  les autres  nourrissons.  Ces enfants n’ont pas de particularité  majeure  par  rapport aux autres enfants ni dans leur croissance, ni dans leur développement  psychomoteur.

Quel est le taux de réussite au Sénégal ?

Le taux de réussite se situe entre 30 et 40% au Sénégal. Malgré  les  faibles  moyens que  nous  avons,  on  a presque le même taux qu’en France, tout en notant qu’il n’y a pas de don d’ovocytes ni  de  don  de  sperme  au Sénégal.

Quels sont les inconvénients de cette fécondation In vitro ?

Naturellement cette insémination coûte chère. Tout le monde  le  sait.  C’est  en moyenne entre 2 et 3 millions pour sa réalisation du début de la stimulation ovarienne jusqu’à la grossesse confirmée.  Il  s’agit  d’un procédé long où il y a une dizaine d’injections à faire, et  cela  peut  être  long  et stressant pour le couple qui nécessite parfois un soutien psychologique.  Il  y  a  des rendez-vous, des va et vient chez  le  gynécologue,  l’accès au bloc opératoire avec tout  ce  qui  encadre  la patiente comme traitement. Il y a également le stress de se dire si cela va marcher ou pas. C’est tout cela que je peux  considérer  comme inconvénients.  Quant  aux complications,  il  y  a  le risque  d’hyperstimulation ovarienne  qui  est  grave, mais  heureusement  très rare.

Une insémination à trois millions, c’est énorme ! Que fait l’association Fécondation In Vitro Sénégal pour aider les populations à y accéder ?

Les assurances ne prennent pas en charge tout ce qui est fertilité,  ce  qui  est  dommage.  C’est  une  lutte  que l’Association ‘’Fécondation « in  vitro »  (FIV)  Sénégal tente  de  mener  envers  les assurances  maladies.  Tout ce qui est fertilité y comprit le bilan sanguin de fertilité, le  bilan  radiologique,  les médicaments,  les  assurances ne les prennent pas en charge. Jusqu’à ce jour, rares  sont  les  femmes  qui peuvent certifier avoir bénéficié du soutien de leur assurance.  C’est  vraiment  tout cela qui anime l’Association FIV Sénégal pour aller de l’avant. Nous voulons permettre aux femmes soit de bénéficier d’une assurance, soit  d’une  subvention  de l’Etat pour au moins réduire ce problème de l’infertilité à l’origine d’instabilité conjugale voire de divorce. FIV Sénégal est une association de médecins, de biologistes qui tente de rendre financièrement accessible la fécondation in vitro aux couples infertiles.  Pour  cela,  plusieurs  paramètres  devront être pris en compte : le coût des médicaments, les assurances…  L’accessibilité  de la FIV aux couples infertiles fait partie de notre liste de plaidoyer pour 2024.

Quels sont les objectifs de l’association dans un pays où l’infertilité constitue en moyenne 15 à 25% des consultations ?

C’est déjà de réunir tous les médecins qui font la FIV au Sénégal afin d’augmenter le taux de réussite de la FIV. En Europe et même dans la sous-région,  les  médecins qui font la FIV sont réunis dans un centre de procréation médicalement assistée (PMA). Au Sénégal, chacun est dans son cabinet, on n’a pas encore de centre de  PMA.  Mis  à  part  la simulation  ovarienne  qui se passe au cabinet médical,  tout  doit  se  dérouler dans le centre. Mais ici on stimule dans le cabinet et on suit tout un long circuit, à  travers  plusieurs  structures permettant d’aboutir à la grossesse. Notre objectif, c’est d’avoir un centre de procréation spécialisé et que la PMA soit accessible à la majorité les patientes. On travaille aussi à décentraliser cette activité qui est la  procréation  médicalement  assistée,  parce  qu’à ce  jour,  elle  est  surtout exclusivement pratiquée à Dakar où se trouvent tous les centres de biologie de PMA.  Les  couples  étant référés depuis les régions vers  Dakar  pour  la  FIV, ceci en augmente le coût. Par exemple : à la fin du mois  de  décembre  2023, une  caravane  médicale composée  de  11  gynécologues s’est dirigée vers la région de Kaolack, à l’hôpital  régional  pour  y  former le personnel médical à pouvoir prendre en charge des cas de PMA. Juste préciser qu’il y a environ 70 membres  dans  l’association,  mais  tous  ne  pratiquent pas la FIV. On espère dans un avenir proche doubler  le  nombre  de ‘’fivistes’’ au Sénégal.

Viviane DIATTA

L’info

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